Le gouvernement fédéral allemand prévoit une vaste réforme du Service fédéral de renseignement (BND) afin d’accorder nettement plus de pouvoirs au service de renseignement extérieur. L’objectif serait de rendre l’Allemagne moins dépendante des informations fournies par les services de renseignement américains, rapporte Politico, citant des représentants du gouvernement.
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Le chancelier Friedrich Merz veut à l’avenir permettre au BND de mener également des actes de sabotage, des opérations cyber offensives et une activité d’espionnage plus intensive. Le ministre de la Chancellerie, Thorsten Frei, a justifié ces projets par une évolution de la situation en matière de menaces. « S’il y a des attaques contre l’Allemagne, il ne suffit pas à mes yeux de simplement regarder, nous devons aussi être en mesure de nous défendre », a-t-il déclaré.
En toile de fond se trouve la crainte, à Berlin, que les États-Unis puissent restreindre leur coopération en matière de renseignement avec l’Europe ou l’utiliser comme moyen de pression. Le député CDU Marc Henrichmann a expliqué: « Nous voulons continuer à coopérer étroitement avec les Américains. Mais si un président américain – qui que ce soit – décide à l’avenir d’agir seul, sans les Européens, alors nous devons être capables de tenir sur nos propres jambes. »
Le BND est considéré comme l’un des services de renseignement extérieurs les plus strictement réglementés d’Europe: depuis sa création en 1956, il est soumis à de sévères restrictions légales en réaction aux crimes de la Gestapo et des SS. Les agents sont principalement autorisés à collecter et analyser des informations, mais disposent de très peu de marges de manœuvre pour intervenir eux-mêmes. D’autres États européens vont plus loin. En France et en Italie, les services de renseignement extérieurs disposent de marges de manœuvre nettement plus larges en matière de stockage des données et d’opérations cyber actives. Là-bas, les services peuvent analyser les communications plus longtemps et, dans des conditions clairement définies, intervenir de manière perturbatrice ou préventive. En Allemagne, les critiques parlent donc d’un affaiblissement auto-imposé de la souveraineté de l’État.
Le projet de loi de la Chancellerie prévoit des durées de conservation plus longues – jusqu’à douze mois pour les contenus et quinze mois pour les métadonnées – ainsi que des pouvoirs techniques élargis. Le budget du BND a déjà été augmenté de 26 pour cent pour atteindre 1,51 milliard d’euros. Le paquet de réformes doit être soumis au Parlement à l’automne. Les partisans y voient une adaptation de la politique de sécurité à une situation de menace aggravée, tandis que les critiques mettent en garde contre une érosion du principe de séparation entre services de renseignement et police.