Rupture de digue au Conseil des États. L’écrasante majorité du Conseil des États approuve la construction de nouvelles centrales nucléaires. Par 26 voix contre 12 (et trois abstentions), les représentants des cantons disent oui au contre-projet indirect à la soi-disant initiative « blackout ». Après plus de dix ans de transition énergétique sans cap et de politique climatique illusoire, c’est le premier grand pas vers un retour à la normalité. Si la Suisse veut suivre le rythme de l’électrification rapide de la société (transports, IA, etc.), elle a besoin d’autant d’électricité domestique que possible. Cela peut provenir de sources d’énergie intensives en CO2 comme le gaz et le pétrole, ou d’énergies renouvelables et propres comme l’hydroélectricité et l’énergie nucléaire.
Peter Schneider/Keystone
À l’exception de l’Allemagne, cette évidence a entre-temps été comprise par le monde entier, même par Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission européenne avait encore la veille, lors d’une conférence et en présence du ministre suisse de l’Énergie Albert Rösti, clairement déclaré que la sortie du nucléaire avait été une « erreur stratégique ». Cela est d’autant plus remarquable que von der Leyen a longtemps appartenu au cercle CDU écologiste autour d’Angela Merkel, la chancelière de la sortie du nucléaire. Rösti avait explicitement mentionné, lors du débat au Conseil des États, le tournant énergétique de von der Leyen. La gauche et les turbo-européens bouillonnaient intérieurement.
Sur les bancs du public dans la salle du Conseil des États, les politiciens de gauche spécialisés dans l’énergie du Conseil national s’étaient réunis pendant le débat. Martin Bäumle (PVL), Stefan Müller-Altermatt (Le Centre) ainsi que Nadine Masshardt et Gabriela Suter (toutes deux PS) – surtout Suter ne parvenait pas à cacher sa colère. Lors des explications de Rösti, elle a plusieurs fois levé les yeux au ciel, ri de manière cynique, secoué la tête – face à l’écrasante majorité, il ne restait aux romantiques de la transition énergétique que de bouder. Même le groupe du Centre a – à l’exception de la conseillère aux États thurgovienne Brigitte Häberli-Koller – approuvé le contre-projet. Ainsi, la sortie du nucléaire, l’héritage de l’ancienne conseillère fédérale PDC à l’énergie Doris Leuthard, est balayée de la table.