Le tribunal administratif de Cologne ne classe pour l’instant pas l’AfD comme « avérée extrémiste de droite ». Que faut-il en penser?
Pour un chercheur sur l’extrémisme, il est souvent plus judicieux de ne pas étiqueter trop vite l’AfD comme « avérée extrémiste de droite » – non par indulgence, mais par hygiène conceptuelle. « Avérée » est un jugement maximal: il exige que l’on puisse démontrer que des positions hostiles à la Constitution et antipluralistes marquent l’organisation – non seulement chez certaines figures, non seulement comme provocation calculée, mais comme un schéma récurrent dans les structures, la ligne programmatique et la pratique interne du parti. Précisément parce que l’AfD est hétérogène (fédérations régionales, courants, changements de personnel), une classification globale et générale peut rendre aveugle sur le plan analytique: on ne voit alors plus où se situe réellement la radicalisation, comment elle agit et si le parti intègre, tolère ou sanctionne ses éléments extrêmes.
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C’est précisément là que commence la critique à l’égard de l’Office fédéral de protection de la Constitution – non comme soupçon généralisé, mais comme clarification des rôles. La protection de la Constitution n’est pas une instance scientifique, mais une autorité de sécurité, avec un environnement politique, une logique de communication et la pression de démontrer sa capacité d’action. Elle travaille avec des catégories qui peuvent être opérationnellement utiles, mais qui raccourcissent l’analyse: étiqueter ne signifie pas encore expliquer. S’y ajoute un problème structurel: une part importante des justifications fournies par l’autorité ne peut être vérifiée publiquement que de manière fragmentaire (protection du secret, situation des sources, stratégies procédurales). Il en résulte un déplacement fatal: dans l’arène politique, c’est le label qui compte – dans l’arène scientifique, c’est l’évidence. Qui confond les deux transforme la recherche en simple retranscription de la communication des autorités.
S’y ajoute une deuxième dynamique, politiquement explosive: l’exclusion brutale de l’AfD comme sorte de programme d’hygiène morale. Bien sûr, les démocrates ne doivent pas normaliser ce qui est hostile à la démocratie. Mais lorsque l’exclusion devient un réflexe – refus de contact, rupture du débat, culpabilité par simple contact – le résultat est paradoxal: on renforce précisément le mythe victimaire dont vivent les populistes. Le « nous devons contredire » devient « nous ne parlons pas », et l’affrontement politique se transforme en ostracisme social. Cela peut être satisfaisant à court terme, mais agit à long terme comme un engrais: cela pousse les électeurs à une loyauté de défi, fait de la critique de l’AfD une question d’identité et déplace le conflit des arguments vers les symboles. Qui traite un parti ayant recueilli des millions de voix comme s’il pouvait être banni de la réalité par la morale ne produit pas moins de polarisation, mais davantage.
Stratégiquement, c’est particulièrement risqué, car cela déplace le critère de mesure: au lieu d’évaluer l’AfD à partir d’indicateurs concrets – programme, personnel, réseaux, schémas antipluralistes, attitude face à la violence –, c’est l’appartenance elle-même qui devient un stigmate. « AfD » devient alors une catégorie totale qui contamine tout dialogue. Or la démocratie vit du fait que l’on bat ses adversaires avec des arguments, non avec des anathèmes. Sinon, l’État ne perd pas seulement le débat, mais aussi son autorité: il n’apparaît plus comme un arbitre équitable, mais comme une partie prenante dans la guerre culturelle.
La conséquence n’est pas la mansuétude, mais la précision. D’abord mesurer les indicateurs, puis les consolider. Ne pas distribuer des étiquettes pour avoir la paix, mais pratiquer la différenciation pour être efficace: nommer la radicalisation, sanctionner les franchissements de limites, réfuter les contenus hostiles à la Constitution – et, en même temps, empêcher que l’exclusion ne devienne une politique de substitution. L’État peut marquer; la recherche doit expliquer. Et le centre démocratique doit être capable de se disputer sans trahir sa propre procédure: ferme sur le fond, lucide dans le diagnostic, sans totalisation morale.
En ce sens, le jugement du tribunal administratif de Cologne, qui décide de ne pas classer pour l’instant l’AfD comme « avérée extrémiste de droite », est un premier pas en direction de la démocratie.
Florian Hartleb, docteur, est professeur de relations internationales à la Modul University Vienna et auteur de son nouveau livre paru à l’automne 2025, « Teenager-Terroristen. Wie unsere Kinder radikalisiert werden – und wie wir sie schützen können ».