Le tribunal administratif de Cologne a provisoirement interdit, dans le cadre d’une procédure en référé, à l’Office fédéral de protection de la Constitution de classer l’AfD comme extrémiste de droite avéré et de la traiter en conséquence. Mardi soir, dans le cadre de l’émission « Tagesthemen », la chaîne ARD a diffusé une chronique d’opinion de la journaliste Iris Sayram, de la radio-télévision de Berlin-Brandebourg, sur la décision du tribunal. Nous reproduisons ci-dessous in extenso les propos de Sayram sur le jugement.
Screenshot ARD
Sur le plan juridique, cette décision ne change peut-être pas encore grand-chose. L’Office de protection de la Constitution avait de toute façon déjà déclaré, au début de la procédure judiciaire, qu’il suspendrait dans un premier temps le rehaussement de la classification. Mais la motivation des juges de Cologne, elle, est lourde de sens. Le tribunal a en effet plus ou moins clairement indiqué que cette expertise de mille pages n’est rien de plus que du papier imprimé à la portée limitée. Et cela, alors même que l’AfD peut, depuis des années déjà, faire l’objet, dans une certaine mesure, d’un traitement par les services de renseignement.
La base – vous vous en souvenez peut-être – est précisément cette expertise que l’ancienne ministre SPD, Nancy Faeser, encore en fonction à l’époque, a pratiquement déposée sur le pas de la porte de son successeur en quittant son poste. Elle a été rendue publique tout à fait par hasard, à l’un de ses derniers jours de fonction. L’expertise est placée sous la responsabilité de l’actuel président de l’Office de protection de la Constitution, Sinan Selen. Elle a été critiquée très tôt. On voulait rassembler davantage de matériel. Veuillez, à ce stade, vous imaginer brièvement le grésillement d’un grillon par une douce nuit d’été. C’est exactement tout ce qu’on a entendu comme résultats. On se demande s’il n’y a peut-être tout simplement pas plus que cela.
Je ne vais pas, ici, évaluer la politique de l’AfD, c’est à vous, en tant qu’électeurs, de le faire. Mais lorsqu’une autorité placée sous la tutelle du ministère fédéral de l’Intérieur agit ainsi devant les tribunaux, il ne faut pas s’étonner que beaucoup aient l’impression qu’il ne s’agit pas de s’en prendre au parti en tant que tel, mais de mettre hors course un adversaire politique. Et cette impression n’est pas bonne pour la confiance dans l’État et ses institutions.