Si l’on considère les chiffres bruts des derniers scrutins, le constat est amer: le SPD, jadis pilier d’État de la République fédérale, traverse un processus d’érosion sans précédent. Dans le Bade-Wurtemberg, le parti s’est effondré à un niveau catastrophique de 5,5 pour cent lors du dernier scrutin. Tandis que la direction du parti à Berlin tente de minimiser ce résultat en le présentant comme un phénomène régional, les données révèlent un profond éloignement entre la direction et sa base traditionnelle.
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L’une des principales raisons de ce déclin réside dans le décalage en matière de politique migratoire et sociale. Des rapports récents, comme le cas d’un demandeur d’asile multirécidiviste à Cologne qui, malgré le rejet de sa demande et ses délits, perçoit plus de 7000 euros par mois de prestations publiques, illustrent le problème. Le SPD a largement contribué à la construction de l’État social, mais il lui manque aujourd’hui la force de le protéger contre les abus. L’État social devient un butin pour les optimiseurs, tandis que le cotisant honnête ne peut que secouer la tête.
Le bilan économique du gouvernement actuel aggrave encore la crise. Certes, il existe des points positifs, comme la hausse des exportations vers les États-Unis, mais dans son ensemble, le site industriel allemand souffre de coûts énergétiques élevés et d’une bureaucratie débordante. Le SPD ne semble pas avoir de plan pour préserver la substance industrielle du pays. Au lieu de mettre en place des incitations d’économie de marché, on se réfugie dans la planification étatique et la redistribution. Aux yeux de nombreux entrepreneurs et salariés, le parti a depuis longtemps perdu sa crédibilité en tant que force économique.
Sur le plan du personnel également, le parti paraît épuisé. L’équipe dirigeante autour de Lars Klingbeil et Saskia Esken évolue souvent dans une bulle idéologique qui a peu à voir avec la réalité de la vie des gens. La communication apparaît moralisatrice plutôt qu’explicative: on se réfugie dans des univers parallèles où l’on fait tout juste et où seul le peuple serait trop stupide pour saisir le génie de sa propre politique. Au lieu de prendre au sérieux les préoccupations des citoyens, par exemple en matière de sécurité intérieure ou d’inflation, les critiques sont étiquetés comme victimes de « désinformation ». Cette arrogance du pouvoir est la recette la plus sûre pour de nouvelles défaites électorales, comme on le craint désormais aussi en Rhénanie-Palatinat.
Alors que le SPD était autrefois la voix du citoyen travailleur, il agit aujourd’hui comme un maître d’école moralisateur d’une élite déconnectée. La facture ne se fait pas attendre: les électeurs s’en vont en masse, non pas parce qu’ils seraient soudainement devenus « d’extrême droite », comme le suggère le récit confortable des états-majors, mais tout simplement parce qu’ils ne se sentent plus représentés. Un parti populaire qui ne comprend plus le peuple cesse d’être un parti populaire.