Le groupe allemand Springer paie 600 millions de francs en liquide pour le prestigieux quotidien britannique The Daily Telegraph et son édition dominicale Telegraph on Sunday. Le Telegraph, ultraconservateur, compte parmi les journaux les plus renommés au monde. Il a toujours été l’organe officieux des conservateurs britanniques, ce qui lui a valu le surnom de « Torygraph ».
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Le rachat par la maison d’édition Axel Springer, porté par le copropriétaire et CEO Mathias Döpfner, s’apparente à une profession de foi d’un éditeur traditionnel en faveur du grand business de la presse écrite. Lorsque, par le passé, des journaux de renommée mondiale changeaient de mains, les acheteurs n’étaient généralement pas des éditeurs, mais des multimilliardaires issus d’autres secteurs. Ainsi, Jeff Bezos d’Amazon a racheté le Washington Post, Marc Benioff de Salesforce le Time Magazine et Patrick Soon-Shiong d’ImmunityBio le Los Angeles Times.
Le Telegraph s’intègre parfaitement dans le portefeuille existant de Springer. Avec Bild, Welt et Politico, la maison est l’un des rares grands groupes de presse à défendre résolument une perspective bourgeoise. Après la reprise, le CEO Döpfner a d’ailleurs annoncé vouloir faire du Telegraph « l’offre médiatique de centre droit de référence dans l’espace anglophone ». Une expansion rapide et numérique vers les États-Unis est prévue, mais la tâche ne sera pas aisée, car il faudra y affronter le poids lourd conservateur qu’est le Wall Street Journal.
Quoi qu’il en soit, ce rachat est un signe de la vitalité du secteur de la presse. Les grands journaux de ce monde, contrairement à ce qu’affirment volontiers les pessimistes culturels, sont encore loin d’être morts.