L’affaire « Joung Gustav » est plus qu’un épisode personnel. Elle soulève une question fondamentale: existe-t-il en Suisse un déséquilibre culturel lorsqu’il s’agit de prises de position politiques – en particulier là où la culture, les médias et l’économie interagissent? Lorsqu’un influenceur perd ses produits chez Migros et Coop après avoir critiqué la politique d’asile officielle et déclare sa carrière d’influenceur classique terminée, l’accusation surgit rapidement: quiconque argumente à droite risque des conséquences économiques.
Migros et Coop sont des entreprises privées. Elles décident elles-mêmes de leur assortiment et évitent les risques de réputation. La polarisation politique est considérée comme délicate en marketing. C’est la réalité de l’économie de marché. Mais la question est de savoir si ce risque est réparti de manière égale sur le plan politique.
Dans la scène culturelle suisse, la critique de l’UDC fait depuis des années presque partie du bon ton. Des musiciens comme Stress (« Fuck Blocher ») se sont à plusieurs reprises positionnés contre des initiatives et campagnes de la droite bourgeoise. De nombreux acteurs culturels se sont engagés publiquement contre l’interdiction des minarets ou contre le durcissement du droit d’asile. Les désavantages économiques ont été à peine visibles. Beaucoup restent les visages publicitaires de grandes marques ou bénéficiaires de subventions publiques.
Il en résulte l’impression d’une asymétrie: ceux qui critiquent la droite politique se situent dans le courant dominant culturel. En revanche, ceux qui remettent ouvertement en question des positions progressistes – par exemple en matière de politique migratoire – sont rapidement considérés comme « controversés ». Et « controversé » est rarement attractif pour les marques.
Il ne s’agit pas de censure étatique, mais de mécanismes sociaux. Dans les milieux urbains et académiques, les attitudes progressistes dominent. Elles façonnent les discours et définissent ce qui est considéré comme acceptable. Ceux qui s’en écartent paient éventuellement un prix.
Joung Gustav formule de manière tranchée: « Sois de gauche ou tais-toi. » C’est polémique, mais pas infondé. Une chose est sûre: il a un point. Le seuil des conséquences économiques ne semble pas réparti de façon symétrique. Ceux qui critiquent la droite ont peu à craindre de sanctions. Dans l’autre sens, la situation est souvent différente.