La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a en partie donné raison à la coureuse de demi-fond sud-africaine Caster Semenya. La grande chambre de la Cour a conclu par 15 voix contre 2 que le Tribunal fédéral de Lausanne avait violé le droit de Semenya à un procès équitable. La Suisse doit payer à l'athlète 80 000 euros pour ses frais, rapporte la NZZ.
Semenya s'était opposée à une règle de la fédération mondiale d'athlétisme World Athletics, selon laquelle les athlètes présentant des différences de développement sexuel (DSD) doivent réduire leur taux de testostérone par des moyens médicamenteux pour pouvoir participer aux compétitions féminines. Parce que Semenya a refusé un tel traitement, elle a été exclue des compétitions internationales.
Ses objections juridiques sont restées initialement infructueuses : le Tribunal arbitral du sport (TAS) et plus tard le Tribunal fédéral avaient jugé la règle proportionnée. Cependant, la CEDH critique à présent que le Tribunal fédéral suisse n'a pas examiné la question suffisamment en profondeur. Il s'est limité à la question de savoir si la décision du TAS violait l'ordre public – ce qui n'était pas suffisant. Il existe un déséquilibre structurel entre les sportifs et les organes dirigeants, qui nécessite un examen judiciaire particulièrement attentif, a estimé la Cour.
Cependant, la Cour a rejeté l'accusation centrale de Semenya, selon laquelle elle avait été discriminée par la règle de la testostérone, faute de compétence de la Suisse. La règle reste donc en vigueur : les athlètes intersexuées ne peuvent toujours participer qu'en abaissant leurs niveaux hormonaux.
Semenya avait remporté l'or mondial sur 800 mètres en 2009 à 18 ans et a ensuite remporté deux fois l'or olympique. Son cas est considéré comme l'un des plus controversés de l'histoire du sport moderne.