Le grand débat sur l’initiative de neutralité de l’UDC et un éventuel contre-projet l’a une fois de plus mis en évidence: la majorité des représentants du peuple au Conseil national et au Conseil des États a perdu la compréhension du sens et du but de la neutralité suisse, titube, erre à vue dans les tempêtes du présent.
Anthony Anex/Keystone
Le Conseil national ne veut rien savoir d’une neutralité « permanente » et « armée » dans la Constitution fédérale. Le Conseil des États, lui, oui, mais il veut également affaiblir la neutralité intégrale et permettre la participation à des guerres économiques.
La majorité parlementaire se comporte de manière peu sérieuse: depuis la guerre en Ukraine, la neutralité de la Suisse s’est littéralement érodée. De nombreux politiciens exigent une prise de parti ouverte, se rangent d’un côté, veulent participer au jeu de pouvoir des grandes puissances. Le Conseil fédéral a même décidé de rapprocher encore davantage la Confédération, sur le plan de la politique de sécurité, de l’UE et de l’OTAN.
C’est peu sérieux, car il n’est pas possible qu’une seule guerre mette hors jeu une maxime d’État qui a fait ses preuves depuis des décennies, des siècles. C’est précisément en ces temps de crise, comme nous les connaissons à nouveau aujourd’hui, qu’il est d’autant plus important qu’il existe un pays neutre comme la Suisse.
Oui, il faut un peu de colonne vertébrale pour ne pas se laisser entraîner par l’aspiration d’une nouvelle logique de blocs, surtout lorsqu’elle se marie avec un moralisme dans l’air du temps. Mais le moralisme n’est pas la morale.
C’est une supercherie dangereuse et aveugle à l’histoire lorsque la Suisse affaiblit peu à peu sa position neutre et pense pouvoir s’en tirer avec des notions qui se mordent la queue comme « neutralité flexible », « différentielle » ou « active ». On ne peut pas être à moitié enceinte. Et pas non plus à moitié neutre.