Le conflit actuel autour de l’Iran ne touche pas seulement les marchés du pétrole et du gaz, il affecte aussi la production d’engrais et, par conséquent, l’approvisionnement alimentaire mondial. Comme le rapporte l’agence de presse Bloomberg, citant la Banque agricole du Nigeria, les retards de livraison en provenance de Chine et de Russie entraînent déjà des pénuries sensibles. Selon le directeur de la banque, Ayo Sotinrin, ce sont surtout les livraisons d’engrais phosphatés, de sulfate d’ammonium et de potasse qui sont retardées. Pour de nombreux pays, cela a des conséquences directes, car la baisse des quantités d’engrais réduit les rendements agricoles.
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Le lien entre énergie et alimentation est d’ordre technique: la production d’engrais azotés repose en grande partie sur le gaz naturel. Lorsque les prix du gaz augmentent ou que l’offre se raréfie, cela accroît les coûts de production des engrais ou conduit à une baisse de la production. Il en résulte une diminution des rendements, qui influence à son tour les prix des denrées alimentaires. Une analyse de France-Soir décrit cette évolution comme une « deuxième crise silencieuse » derrière le choc énergétique. Le danger croissant d’une pénurie d’engrais deviendrait le « talon d’Achille de la sécurité alimentaire mondiale ». L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) chiffre précisément ce risque: un manque d’engrais azotés pourrait réduire les rendements de maïs de plus de 40 %.
L’approvisionnement mondial dépend d’un nombre restreint d’États. Alors qu’environ 200 millions de tonnes d’engrais minéraux sont utilisés chaque année dans le monde, la production se concentre sur quelques régions. La Russie joue un rôle central dans les exportations, tandis que le Canada et le Bélarus dominent le marché de la potasse. Le Maroc dispose des plus grands gisements de phosphate. Parallèlement, des pays très peuplés comme la Chine et l’Inde réservent une part importante de la production mondiale à leurs propres besoins, ce qui réduit encore la marge de manœuvre sur le marché mondial.
Cette forte concentration rend le système vulnérable aux perturbations: lorsque plusieurs facteurs se conjuguent – conflits, voies de transport interrompues et hausse des prix du gaz –, cela suffit à paralyser des chaînes d’approvisionnement entières. La situation actuelle au Proche-Orient met ainsi en lumière une vérité dérangeante: le prochain choc de prix provoqué ne viendra pas seulement de la pompe à essence, mais aussi des champs.