Au Landtag de Thuringe, un vote politiquement exceptionnel a eu lieu: le groupe parlementaire de la gauche a permis, conjointement avec l’AfD, qu’une motion obtienne la majorité. Lors du vote sur des subventions supplémentaires pour les installations sportives, la gauche et l’AfD ont voté en bloc pour, tandis que des députés de la coalition gouvernementale composée de la CDU, du SPD et du BSW étaient absents. La motion a été adoptée par 32 voix contre 30.
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L’affaire a d’abord été rapportée par le Spiegel. Selon ce média, quelques secondes d’agitation ont régné dans l’hémicycle après le vote, avant que le résultat ne soit confirmé. Pour la gauche, l’incident est particulièrement délicat, puisqu’elle se considère comme la défenseuse la plus résolue du soi-disant cordon sanitaire contre l’AfD. Bien qu’il se soit agi d’une décision ponctuelle sur le fond et non d’une coopération politique concertée, le besoin d’explication après le vote a été à la hauteur de l’événement.
La gauche parle d’une « majorité fortuite ». Le président du groupe, Christian Schaft, a expliqué que le résultat n’aurait pas vu le jour si tous les députés de la coalition gouvernementale avaient été présents. De plus, l’AfD avait encore argumenté contre la motion en commission et a, lors du vote, changé de position de manière surprenante.
Les critiques n’ont toutefois pas tardé, y compris de la part d’autres partis. Des observateurs y voient un signe supplémentaire de l’instabilité des rapports de force au Landtag de Thuringe. La soi-disant « coalition mûre de ronces », composée de la CDU, du SPD et du BSW, ne dispose mathématiquement d’une majorité que si tous les députés sont présents – ce qui, dans la pratique, n’est pas toujours le cas.
Dès les prochaines semaines, d’autres textes pourraient être examinés au Landtag, sur lesquels la gauche et l’AfD se retrouvent sur la même ligne de fond. C’est le cas, par exemple, du vote sur la nouvelle loi sur les missions de la police, qui prévoit notamment une surveillance assistée par IA, des bracelets électroniques et de nouvelles règles concernant les tasers. La gauche y voit des atteintes considérables aux droits fondamentaux et devrait rejeter la loi; l’AfD a, jusqu’à présent, également annoncé un non. Selon la présence des députés, cela pourrait donc – même involontairement – conduire à nouveau à une majorité commune entre les deux camps d’opposition.