Donald Trump a surpris en annonçant une pause de cinq jours dans les frappes aériennes américaines contre les infrastructures énergétiques iraniennes. Tandis que le président américain fait état de discussions « très bonnes et productives » en vue d’un règlement des hostilités, Téhéran s’empresse de souligner, avec un grand battage médiatique, que de telles négociations avec les États-Unis n’auraient en réalité jamais eu lieu. Dans les médias dominants d’ici, on lit aussitôt les bilans sombres habituels: Trump ferait lâchement marche arrière, le régime des mollahs prendrait le dessus et la « guerre de quatre semaines » aurait lamentablement échoué.
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C’est le schéma bien connu. Dès que Washington et Jérusalem agissent militairement, un front critique, chargé de morale, se forme de manière réflexe. Donald Trump et Benyamin Netanyahou y apparaissent comme des pyromanes, tandis que l’Iran est presque présenté comme un acteur acculé. On retrouve ici l’ambivalence européenne bien connue: on érige la sécurité d’Israël en raison d’État, mais on se retire dès qu’il s’agit de défendre concrètement cette sécurité. Les paroles sont nombreuses, la constance beaucoup moins. Cela crée un vide que d’autres viennent combler.
Il faut se garder, par une aversion compréhensible envers Trump ou Netanyahou, d’adopter sans esprit critique la perspective des mollahs et de se laisser imposer leur récit d’une fermeté purement défensive. Il vaut mieux, au contraire, chausser les « lunettes des acteurs » au Proche-Orient: pour Israël, le régime iranien, après le massacre du 7 octobre 2023 et des années de réarmement de milices supplétives comme le Hamas et le Hezbollah, n’est pas une entité politique abstraite, mais une menace réelle et existentielle. Qui invoque le droit à l’existence d’Israël dans des discours dominicaux ne peut détourner le regard lorsque ce pays frappe désormais directement les sources du terrorisme. Le regard porté sur les États arabes voisins est également instructif: la politique hégémonique de l’Iran y est de plus en plus dénoncée comme déstabilisatrice et terroriste, car on sent les missiles balistiques de Téhéran dans sa propre nuque. Qui ne considère la situation qu’à travers la lentille moralisatrice occidentale méconnaît qu’un affaiblissement de la sphère d’influence iranienne constitue, pour de nombreux acteurs au Proche-Orient, la condition préalable à une véritable stabilité durable.
La guerre avec l’Iran n’est pas encore tranchée, et nous devrions nous garder de tout jugement historique précipité. Certes, la situation pourrait encore dégénérer de manière catastrophique, mais une telle issue est loin d’être gravée dans le marbre. La situation au Proche-Orient est plus complexe que ne la décrivent souvent les critiques en Occident, ce qui impose la retenue dans les jugements définitifs et les analyses de sortie de crise. Rester analytique, au lieu de se rallier au ton défaitiste des oiseaux de mauvais augure, voilà le mot d’ordre du moment, car les dés ne sont qu’en train de tomber au Proche-Orient.