Le conseiller national soleurois du PLR, Simon Michel, vante dans la NZZ les prétendument « très bonnes » négociations du Conseil fédéral avec l’UE. Le nouveau paquet d’accords serait, selon Michel, la « dernière possibilité » d’empêcher une adhésion à l’UE. On pourrait participer là où cela profite à la Suisse, sinon on resterait indépendant. Et malheur si le peuple disait non – alors menacerait une « ère glaciaire », et personne ne saurait ce qui viendrait ensuite.
Andreas Becker/Keystone
Cette dramaturgie est du théâtre politique. Elle renverse les rapports de force – et vend la Suisse plus petite qu’elle ne l’est.
Commençons par la question des intérêts. Cet ensemble d’accords n’est pas un projet souhaité par la Suisse, mais une vieille revendication de l’UE. De son point de vue, c’est une affaire parfaite: des millions supplémentaires en provenance de Suisse, un accès facilité au marché du travail suisse, très attractif, ainsi qu’une influence accrue dans des dossiers centraux comme la migration ou l’électricité. Pour Bruxelles, les avantages l’emportent, les inconvénients sont à peine visibles. Pourquoi quelqu’un dans l’UE devrait-il sérieusement s’y opposer ?
Plus important encore: une occasion aussi favorable de rapprocher institutionnellement la Suisse de l’UE ne se représentera pas de sitôt pour Bruxelles. Ce réseau d’accords crée précisément les mécanismes que l’on y poursuit depuis des années – reprise automatique du droit, surveillance institutionnelle, tribunaux arbitraux tranchant les différends, intégration progressive via des secteurs individuels.
Sur le papier, la Suisse resterait en dehors de l’Union. En réalité, toutefois, elle se rapprocherait de son appareil décisionnel – sans siège, sans voix, sans poids politique.
Dès lors, une question s’impose: que se passe-t-il si la Suisse signe ce paquet ?
Il pourrait alors apparaître que la fameuse « voie bilatérale » est depuis longtemps devenue un sens unique. Un « point de non-retour ».
Des accords d’une telle portée sont politiquement presque impossibles à annuler: les interdépendances économiques se resserreraient encore, la pression de l’UE, de l’administration, des grandes entreprises et des associations serait encore plus forte pour ne surtout pas dénoncer les engagements pris.
À la fin, il ne resterait peut-être plus qu’une conclusion apparemment « logique »: l’adhésion formelle à l’UE – non pas comme décision libre d’un pays souverain, mais comme dernier acte d’un processus qui a commencé sous l’étiquette enjolivée de « Bilatérales III ».
Quiconque affirme donc que cet accord garantit l’indépendance de la Suisse doit accepter une simple contre-question: que se passe-t-il s’il produit exactement l’effet inverse – et conduit la Suisse, pas à pas, là où elle ne veut justement pas aller ?