Pour le régime iranien et ses alliés, la question est tranchée: l’ayatollah Ali Khamenei aurait, par une fatwa – un avis juridique islamique –, interdit les armes nucléaires. Les représentants de la République islamique affirment depuis des années que les armes atomiques seraient « non islamiques » et que le programme nucléaire iranien servirait « exclusivement à des fins pacifiques ». C’est ce que prétend maintenant aussi Mahmoud Barimani, l’envoyé de l’Iran à Berne.
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Mais l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Vienne exprime ses doutes. Elle se dit « dans l’incapacité de garantir que le programme est exclusivement pacifique ».
L’AIEA a documenté un enrichissement de l’uranium à 60 % et met en garde contre la proximité avec un enrichissement de qualité militaire. Pour une bombe atomique, un taux d’environ 90 % serait nécessaire, mais le passage de 60 à 90 est relativement aisé. Le programme nucléaire est pour la République islamique bien plus qu’un projet technique. Il est à la fois instrument de pouvoir, monnaie d’échange dans les négociations et symbole de souveraineté nationale.
Même sans l’AIEA, l’affirmation iranienne d’une prétendue fatwa anti-armes nucléaires s’effondre à y regarder de plus près. Il y a déjà un an, un journal gouvernemental reconnaissait que Ali Khamenei n’avait interdit que l’usage des armes atomiques – et non leur développement.
Plus encore: il n’existe pas de texte de fatwa contraignant, clairement formulé et officiellement publié. Contrairement aux avis juridiques religieux classiques, la soi-disant fatwa repose essentiellement sur des discours, des interprétations et des déclarations politiques – c’est-à-dire précisément sur ces formats qui peuvent à tout moment être réinterprétés ou révisés en silence.
La prétendue fatwa n’est donc pas une décision religieuse contraignante, mais une position motivée politiquement, totalement dépourvue de caractère obligatoire. La déclaration de 2010, souvent citée par Téhéran, dans laquelle les armes de destruction massive sont qualifiées de « haram », ne constitue par conséquent pas un avis juridique formel.
Mais même si cette fatwa existait, elle ne serait pas contraignante dans l’islam chiite. Les avis juridiques religieux ne sont pas un dogme – ils peuvent être adaptés, réinterprétés, reformulés au besoin. La logique sous-jacente est transparente: les normes religieuses ne sont pas abolies, mais infléchies au nom de l’opportunité politique (maslahat). En islam, surtout dans l’islam chiite, il est permis, dans des situations extrêmes, de faire des déclarations qui ne correspondent pas à sa propre conviction afin de protéger sa vie. La soi-disant taqiyya est un terme euphémisé pour désigner le mensonge.
En résumé: il n’existe en Iran aucune interdiction religieuse établie contre la bombe atomique. La prétendue fatwa n’est pas un principe – mais un instrument de tromperie, interprétable à volonté. Elle n’est pas un rempart inébranlable contre la bombe – mais un récit extensible qui permet sa possession et son utilisation..