Günther Baechler, ancien diplomate ayant participé à divers accords de paix et notamment ambassadeur en Géorgie et en Arménie, critique dans une tribune dans la NZZ la gestion par l'Occident de l'Ukraine. Une série d'échecs aurait mené l'Europe « au bord d'une catastrophe ».
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Au lieu de contenir le conflit entre la Russie et l'Ukraine depuis 2014 par une diplomatie collective crédible, il a été progressivement étendu et européanisé – avec pour conséquence qu'aujourd'hui chaque État augmente ses arsenaux, au lieu de travailler ensemble à la fin de la guerre.
Baechler identifie cinq échecs centraux. Premièrement, les garanties de sécurité envers l'Ukraine sont toujours restées non crédibles. Le mémorandum de Budapest de 1994 s'est révélé au plus tard avec l'annexion de la Crimée comme étant sans valeur, puisque les « réactions appropriées » promises par les puissances garantes ne se sont pas concrétisées.
Deuxièmement, les promesses vagues d'adhésion à l'OTAN ont laissé l'Ukraine et la Géorgie dans un état de flottement politique. Pour Baechler, le sommet de l'OTAN de Bucarest en 2008 représente le point le plus bas de la diplomatie occidentale.
Troisièmement, il critique la gestion des cessez-le-feu. Les accords de Minsk ont été acceptés pendant des années malgré des violations systématiques, sans les ancrer dans un mandat international robuste. La Russie a utilisé le gel du conflit pour se préparer militairement.
Quatrièmement, Baechler déplore des formats de discussion opaques et unilatéraux qui ont marginalisé politiquement l'Europe. Au lieu d'un processus de négociation européen structuré, des initiatives erratiques ont dominé, notamment de Washington.
La cinquième erreur selon Baechler réside dans la croissance de l'asymétrie entre agresseur et victime. Militairement limitée, l'Ukraine est confrontée à un Russie imposant ses exigences maximales et déclarant la victime déclencheur de guerre par la propagande.
Sa conclusion est sans équivoque: si l'Ukraine cesse de se défendre, il n'existera plus d'Ukraine, mais une « paix de cimetière russe ».