L’apocalypse a une nouvelle fois été repoussée. Grâce à une médiation de dernière minute des Pakistanais.
Les paroles de Trump avant l’ultimatum, elles, ne peuvent pas être annulées.
« Toute une civilisation disparaîtra cette nuit et ne renaîtra jamais. Je ne veux pas que cela arrive, mais c’est probablement ce qui va se passer », a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.
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Ce n’était pas la première menace apocalyptique que Donald Trump a lancée en direction de Téhéran. Le dimanche de Pâques, il fulminait: « Ouvrez enfin ce putain de détroit, bande de tarés, sinon vous finirez en enfer. »
Sa tirade avant l’expiration de son ultimatum dans la nuit de mercredi marque un point bas de sa présidence. Cette rhétorique d’escalade est celle d’un homme qui a perdu sa boussole.
L’Iran est l’héritier de la civilisation perse multimillénaire, l’une des plus influentes de l’histoire de l’humanité.
Cyrus le Grand a rédigé au VIe siècle av. J.-C. la première charte des droits de l’homme.
Les Perses ont créé avec la « Route royale » l’un des premiers systèmes postaux organisés au monde. Ils ont développé des réfrigérateurs antiques et des systèmes d’irrigation souterrains.
Des savants iraniens comme Avicenne ont marqué la médecine européenne. Sans Al-Khwarizmi, fondateur de l’algèbre, les fleurons des sciences modernes seraient impensables.
Des poètes iraniens comme Rûmî, Hafez et Saadi ont influencé Goethe et la littérature mondiale. Ils inspirent aujourd’hui l’opposition qui s’est soulevée contre le régime islamique.
La civilisation iranienne perdure dans ses monuments historiques. Dans l’ancienne cité palatiale de Persépolis et dans les somptueuses mosquées d’Ispahan.
Quiconque menace d’anéantir cette « civilisation tout entière » a déraillé.
S’il passait à l’acte, il rejoindrait la cohorte des barbares tels que les talibans, qui ont fait exploser les bouddhas de Bamiyan, ou les djihadistes de l’État islamique qui ont ravagé Palmyre en Syrie.
On peut tenter de réinterpréter les propos de Trump. Il a pu vouloir parler de la « civilisation » du régime iranien arrivé au pouvoir en 1979. Dans le même tweet apocalyptique, il a aussi écrit: « 47 ans de chantage, de corruption et de mort vont enfin prendre fin. Que Dieu bénisse le grand peuple d’Iran! »
Ou bien il a pu entendre par « civilisation » les infrastructures civiles du pays. Depuis plus de deux semaines, le président américain avertit qu’il ordonnera la destruction des infrastructures civiles de l’Iran, notamment des ponts et des centrales électriques, si ses exigences – en particulier l’ouverture du détroit d’Hormuz – ne sont pas satisfaites.
De toute évidence, avec cette rhétorique de fin des temps, il entendait mettre le régime islamique à genoux. Il a peu de chances d’atteindre cet objectif. S’il ordonne la destruction des infrastructures, c’est la population qui en paiera le prix.
La « colère épique » que Trump exprime par ses mots ne fait que manifester une évidence: la guerre ne se déroule pas comme il le voudrait.
Le régime iranien défie la supériorité militaire des Américains et des Israéliens. Chaque jour où il reste au pouvoir, il célèbre une victoire. À ce jour, rien n’indique qu’il s’effondrera sous un déluge de bombes.
Trump ne semble pas vouloir le voir non plus. Dans son tweet, il parle d’un « regime change » accompli.
« Maintenant que nous avons un changement de régime complet et global, dans lequel d’autres têtes, plus intelligentes et moins radicalisées, prennent le dessus, quelque chose de révolutionnaire et de merveilleux peut peut-être se produire – QUI SAIT? »
On est actuellement très loin d’un changement de régime.
L’univers mental de Trump est erratique.
Ses partisans louent la forme de gouvernement de Trump, faite « d’incertitude stratégique », comme un moyen de déstabiliser l’adversaire et d’arracher des accords avantageux. Mais lorsqu’elle est utilisée en permanence et partout, elle perd de son efficacité. Elle inquiète moins l’ennemi que l’allié. Elle ne produit qu’une chose: le chaos.