Bien que la population suisse se sente globalement en sécurité, la confiance dans la capacité opérationnelle de sa propre armée a atteint un niveau historiquement bas. Selon le baromètre des opportunités actuel du think tank StrategieDialog21, trois quarts des personnes interrogées doutent que l’armée suisse soit en mesure de repousser une attaque militaire conventionnelle; face à des menaces hybrides telles que les cyberattaques ou la désinformation, ce chiffre atteint même 80 %. Ce scepticisme s’explique entre autres par le fait que le risque d’une agression militaire n’est estimé qu’à 6 %, et donc comme extrêmement faible. Dans le sentiment de sécurité de la population, les facteurs intérieurs pèsent bien plus lourd: les principales préoccupations sont la criminalité dans l’espace public, la polarisation de la société ainsi qu’un possible affaiblissement de l’État de droit et de la démocratie.
Anthony Anex/Keystone
Ce changement de priorités se reflète également dans l’importance décroissante de la neutralité, qui ne constitue plus qu’un facteur de sécurité central que pour 22 % des personnes interrogées – avec, sur ce point, un profond fossé politique entre l’électorat de l’UDC et le reste du paysage partisan. Au lieu de privilégier l’isolement, une nette majorité d’environ 72 % mise sur une coopération plus étroite en matière de politique de sécurité avec les pays voisins européens, et un rapprochement avec l’OTAN recueille également l’approbation de plus de la moitié de la population. Sur le plan financier, la Suisse se montre certes disposée à investir davantage dans les technologies d’armement, mais elle rejette majoritairement des prescriptions rigides calquées sur des modèles internationaux. 64 % des personnes interrogées préfèrent à la place un budget flexible, adapté aux besoins réels de l’armée.
L’étude repose sur une enquête en ligne représentative réalisée fin 2025 par l’institut de recherche Sotomo. Plus de 5 200 personnes de toutes les régions linguistiques de Suisse ont été interrogées. La marge d’erreur statistique du sondage est d’environ 1,4 point de pourcentage.