Une étude du cabinet de conseil Swiss Economics conclut que les accords institutionnels-cadres prévus avec l’UE «détérioreraient» la position concurrentielle de la Suisse. L’analyse a été présentée mardi à Berne par le Prof. Dr Mark Schelker de l’Université de Fribourg, mandaté par le mouvement d’entrepreneurs Autonomiesuisse.
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L’étude conclut que le paquet d’accords entraînerait un changement fondamental de système: à l’avenir, la Suisse devrait reprendre de manière dynamique le nouveau droit de l’UE dans des domaines centraux – par exemple en matière de sécurité énergétique et alimentaire, de libre circulation des personnes ou de directive sur la citoyenneté de l’Union. Un renoncement serait certes possible, mais entraînerait des mesures de compensation de la part de l’UE.
Selon l’étude, cette reprise dynamique du droit restreindrait nettement la participation du Parlement et du corps électoral. Parallèlement, des désavantages économiques apparaîtraient. Les États membres de l’UE mettent souvent en œuvre le droit européen avec retard ou de manière incomplète, tandis que la Suisse pourrait être rapidement confrontée à des contre-mesures en cas de divergences. «Cela conduit à des distorsions de concurrence», écrit l’auteur de l’étude.
De plus, le risque de réglementation supplémentaire augmenterait. De nombreuses prescriptions de l’UE ne sont pas adaptées à l’économie suisse, fortement marquée par les petites et moyennes entreprises. Les compétences de l’UE pourraient également s’étendre progressivement par de nouvelles interprétations juridiques.
Swiss Economics remet en outre en question l’utilité économique des accords-cadres mise en avant par le Conseil fédéral. Une étude commandée par la Confédération au cabinet de conseil Ecoplan prévoit certes un produit intérieur brut supérieur de 4,9 % d’ici 2045 avec accord-cadre. Selon la nouvelle analyse, ces effets reposent toutefois sur des hypothèses méthodologiques – par exemple sur le scénario d’une disparition complète des accords bilatéraux existants. Une fois ces facteurs corrigés, il ne resterait au mieux qu’un effet marginal sur le revenu par habitant.
Des représentants d’autonomiesuisse ont mis en garde contre des conséquences politiques lors de la conférence de presse. L’entrepreneur Luzius Meisser a déclaré: «Avec la méthode d’intégration négociée, le Conseil fédéral et la Commission européenne mettent en place un pontage de la démocratie.» L’entrepreneur Giorgio Behr a critiqué les coûts supplémentaires dus aux changements concernant la libre circulation des personnes, tandis que l’entrepreneuse Alexandra Janssen a plaidé pour une politique européenne alternative: «Une politique européenne tournée vers l’avenir devrait donc reposer sur deux piliers: une coopération pragmatique avec l’UE ainsi que la préservation conséquente de l’indépendance politique de la Suisse.» Son analyse économique expliquant pourquoi la Suisse n’a pas besoin de ces accords-cadres avec l’UE a récemment paru dans la Weltwoche.