Parfois, aujourd'hui, un simple jean suffit à mettre la république sens dessus dessous. L'actrice américaine Sydney Sweeney est assise en denim sur un pick-up, avec un simple slogan publicitaire jouant sur «Sydney Sweeney has great jeans» – double sens avec «Great Genes»).
Et soudain, le net s'affole. De X à TikTok, les accusations fusent : eugénisme, racisme, sous-entendus de droite.
Puis vient le deuxième niveau d'escalade : il est rendu public que Sweeney est enregistrée en Floride comme républicaine – selon le registre électoral depuis juin 2024. Donald Trump s'empare de la publicité avec enthousiasme et commente : «Now I love her ad.»
Peu de temps après, l'action de American Eagle bondit selon les médias américains de presque 24 % – incroyable - la plus grande augmentation journalière depuis des décennies. Que ce soit une coïncidence parfaite ou un coup calculé : soudain, le symbolisme politique et le profit économique fusionnent en un seul spectacle.
Une simple photo publicitaire devient du jour au lendemain un tribunal moral. Un jeu de mots ironique se transforme en une question politique. Honnêtement, n'est-ce pas l'illustration parfaite de notre nouvelle culture de l'indignation ? Nous sommes maintenant tellement conditionnés aux scandales que même dans un simple slogan publicitaire, nous voyons immédiatement une intention profonde. La publicité veut d'abord vendre. Et oui, elle provoque, car l'attention est la monnaie la plus difficile du 21ème siècle. Qu'une marque de jeans s'appuie sur l'effet viral ne surprend vraiment personne. Qu'une simple blague déclenche maintenant des débats littéraires en dit plus sur notre irritabilité ou l'ambiance dans la société que sur la campagne.
Peut-être que c'est précisément ça le problème : nous avons oublié comment distinguer entre un réel danger et un marketing ironique. Autrefois, nous aurions souri à une telle annonce, peut-être levé les yeux – pour ensuite retourner à la vie. Aujourd'hui, une étincelle suffit et les réseaux sociaux s'embrasent.
La véritable tragédie : nous jouons le jeu de l'industrie de la publicité avec complaisance. Chaque post indigné, chaque commentaire moral augmente le nombre de clics et fait sonner les caisses des marques. On pourrait presque dire : ce n'est pas la publicité qui est cynique – c'est nous.
Chaque photo n'est pas un manifeste, chaque blonde n'est pas une déclaration politique. Et qui voit l'apocalypse dans chaque publicité ne vit pas plus éveillé – juste plus vigilant.
Vivien Wulf est actrice et auteure de best-sellers. Elle joue actuellement l’un des rôles principaux dans la série «Sturm der Liebe», diffusée sur ARD.