Le département de la défense (DDPS) est hors de contrôle. Martin Pfister, le conseiller fédéral du centre responsable, veut que des soldats suisses partent en guerre aux côtés de l'UE. C'est ce que révèlent les recherches de la Weltwoche.
Selon ces recherches, la loi militaire (article 66) devrait être étendue. Le conseil fédéral devrait désormais pouvoir ordonner des engagements pour la soi-disant promotion de la paix même sur la base d'un mandat de l'UE. Jusqu'à présent, les missions ne sont autorisées que dans le cadre d'un mandat de l'ONU ou de l'OSCE.
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Bien que Pfister envisage d'envoyer des soldats suisses principalement à des fins de formation ou de mission d'observation dans des zones de guerre et de conflit, avec la modification législative prévue, le nouveau conseiller fédéral du centre abolit définitivement la neutralité. Ainsi, l'UE poursuit des missions militaires en République centrafricaine ou au Mozambique, mais aussi en Ukraine.
Ici, Bruxelles se déclare clairement comme partie au conflit. On souhaite aider à "renforcer la capacité des forces armées ukrainiennes à défendre l'intégrité territoriale de l'Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues et à repousser de potentielles futures offensives militaires de la Russie et d'autres agresseurs potentiels."
Avec cette réforme, le conseiller fédéral Pfister poursuit sans détour son cap européen. Dès juin, il a fait adopter une stratégie d'armement visant à privilégier les fournisseurs européens et, en contrepartie, à acheter moins aux Américains. Il veut également participer aux programmes de défense de l'UE. La force motrice derrière tout cela est Pälvi Pulli, selon le DDPS.
La Finlandaise est parvenue, sous la prédecesseure de Pfister, Viola Amherd, au poste de secrétaire d'État adjointe au Secrétariat d'État à la politique de sécurité (Sepos). Comme Pfister est maintenant principalement débordé par les charges de l'ère Amherd (Mitholz, Ruag, diverses transactions d'armement), et que le chef de Sepos, Markus Mäder, joue un rôle discret, Pulli a carte blanche.
Pulli exploite les ambiguïtés douanières pour monter les États-Unis et l'UE les uns contre les autres. Cela est d'autant plus étonnant que le service de renseignement (SRC), également rattaché au DDPS de Pfister, le déconseille. La dépendance sécuritaire envers les États-Unis est encore trop grande pour pouvoir s'en émanciper à court terme, note le SRC dans son rapport de situation publié en juillet.
C'est précisément maintenant que les présidents des deux rivaux géopolitiques, Donald Trump et Vladimir Poutine, manifestent leur volonté de travailler à une éventuelle paix, que le DDPS établit la base légale permettant à la Suisse de s'engager à l'avenir dans des guerres. La consultation des offices concernés est en cours jusqu'à début septembre.