Le PS suisse n’est depuis longtemps plus un parti des travailleurs, bien au contraire. Ses membres s’emploient désormais activement à soutirer aux petites gens le peu d’argent qu’ils ont en poche. Elisabeth Baume-Schneider en fournit un exemple éhonté, elle qui est désespérément à la recherche de nouvelles recettes pour assainir l’AVS.
Alessandro della Valle/Keystone
La conseillère fédérale socialiste, qui s’engageait encore dans sa jeunesse pour la classe ouvrière dans la ville horlogère de La Chaux-de-Fonds, veut désormais taxer aussi les pourboires versés par carte ou via Twint – et cela par voie d’ordonnance, en court-circuitant ainsi le Parlement.
La ministre de l’Intérieur a été prise sur le fait et provisoirement stoppée par Beat Rieder. À cette occasion, le conseiller aux États du Centre, conservateur, originaire du canton du Valais, a prononcé un plaidoyer chaleureux en faveur des employés de service et, partant, de tous les salariés. Rieder exhorte la conseillère fédérale socialiste ainsi que ses collègues parlementaires à faire preuve de retenue dans l’emprise de l’État sur les pourboires.
Il faut, surtout dans les segments à bas salaires, «procéder avec un peu de générosité», «parce que ces emplois sont, premièrement, très durs et, deuxièmement, pas très bien payés», a déclaré Rieder. «Vous pouvez aussi aller voir vous-mêmes dans vos établissements et parler avec les serveuses et les serveurs. Vous saurez alors à quel point ce métier est devenu difficile.»
Rieder s’est également insurgé contre le fait que «notre estimée conseillère fédérale» ait voulu imposer la réforme législative prévue par voie d’ordonnance, avant même que le Parlement ne puisse se prononcer. Que ce soit précisément une conseillère fédérale de gauche comme Baume-Schneider qui procède ainsi n’est pas sans une certaine ironie.
D’ordinaire, ce sont justement ses milieux qui reprochent notamment au conseiller fédéral UDC Albert Rösti de saper les droits populaires par voie d’ordonnance. Ainsi, la présidente des Verts, Lisa Mazzone, a parlé d’une «attaque contre la démocratie», parce que Rösti voulait mettre en œuvre par ordonnance une motion du Parlement pour la limitation de vitesse à 50 km/h. Mazzone est la compagne de Christoph Lenz, le chef de la communication de Baume-Schneider.
Mais le réseau rouge-vert n’a pas tenu au Conseil des États. Avec une majorité soviétique de 42 voix contre 1 (et une abstention), la petite chambre a approuvé la motion de Rieder. Seule la conseillère aux États verte Maya Graf a voté contre. Qu’elle ait de la peine à se mettre à la place des bas revenus est, entre-temps, compréhensible. Depuis 2001, cette élue de Bâle-Campagne siège au Parlement, où elle encaisse bien plus de 120 000 francs par an aux frais du contribuable.