Far West en Iran, menace contre le Premier ministre hongrois par Zelensky: la diplomatie et la décence politique, c’était hier. La nouvelle communauté de valeurs mise sur la violence verbale et physique. La menace proférée ouvertement devant les caméras devient l’instrument de politiciens qui seraient à peine encore capables d’écrire sans faute le mot « démocratie ».
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C’était le 5 mars, lorsque le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est exprimé en ces termes après une réunion élargie du gouvernement à Kiev: « Nous espérons qu’une personne dans l’Union européenne ne bloquera pas les 90 milliards d’euros et que les combattants ukrainiens recevront des armes, sinon nous donnerons l’adresse de cette personne à nos forces armées, à nos gars, afin qu’ils l’appellent et lui parlent dans leur langue. »
L’identité de cette personne dont parle Zelensky ressort du contexte: il s’agit du Premier ministre hongrois Viktor Orbán et du conflit énergétique et financier de grande ampleur entre l’Ukraine et la Hongrie.
La raison: après que l’oléoduc Droujba, qui transporte du gaz russe vers la Hongrie et la Slovaquie, a été endommagé et que le transit a été interrompu, Orbán exige de l’Ukraine la reprise immédiate du transit pétrolier. Orbán bloque donc un prêt de l’UE de 90 milliards d’euros à l’Ukraine.
La déclaration selon laquelle des soldats devraient être envoyés au cou d’un Premier ministre d’un pays membre de l’UE pour « lui parler dans leur langue » illustre ce que les critiques dénoncent depuis longtemps: l’Ukraine a un problème de démocratie – et un sérieux! Un président qui menace personnellement un autre président d’envoyer des soldats à son adresse pour le contraindre à changer de position recourt à des méthodes de mafia.
Jusqu’à vendredi matin, la direction de l’UE ne s’était pas encore exprimée sur cette menace. Bien que les agences de presse et les médias aient largement rendu compte de l’incident, la communauté démocratique des valeurs garde le silence. Ce silence est toutefois devenu une déclaration impossible à ignorer. Vu sous un autre angle: peut-être que l’UE et l’Ukraine vont désormais bien ensemble – mais autrement que ne l’imagine la partie démocratique de l’Europe.