On peut débattre de l'humour. Ou peut-être pas ? La politicienne argovienne de l'UDC, Vivienne Huber, a répondu dans un post à la question « Combien de pays musulmans avez-vous déjà visités ? » par la phrase : « Je suis souvent allée à Spreitenbach. » Dans n'importe quel spectacle satirique de fin de soirée, ce serait un rire garanti, sauf peut-être chez Böhmermann. Bien dit, lionne !
Un peu moins amusant trouve un collectif anonyme qui s'est plaint auprès des autorités communales et fédérales du post satirique. La déclaration ne serait pas une blague, mais « islamophobe, de chauvinisme culturel » et remplirait « à nos yeux les conditions d'une déclaration raciste ». Elle violerait toutes sortes de lois nationales et internationales, la Constitution fédérale et la convention des Nations Unies contre la discrimination raciale. Les arbitres anonymes de l'opinion demandent en plus d'une distanciation publique et formelle de la commune de Spreitenbach, un examen par la Commission fédérale contre le racisme – « avec des conséquences pour la future candidature » de la jeune politicienne Huber (mais bien sûr, ils ne trouvent pas ça discriminatoire).
De plus, des « observateurs internationaux » devraient s'occuper du cas, « pour documenter des déclarations racistes à motivation politique dans les zones de campagne électorale européennes ».
En bref : une grande machinerie doit être mise en marche, également à l'international, pour qu'aucun rire non autorisé ne sorte d'une gorge suisse.
Étant donné que les expéditeurs anonymes du courrier n'ont pas le courage de se manifester, le débat reste un match de shadowboxing. Il est néanmoins frappant qu'ils utilisent un ß allemand, inconnu en Suisse. Et là où l'humour disparaît, les bourreaux ne sont pas loin.
À propos d'anonymat : la décision de la commission parlementaire compétente, de lever l'immunité parlementaire du conseiller national Andreas Glarner, n'est pas non plus une brillante page d'histoire, lui qui s'était permis de se faire recommander pour les élections dans une vidéo marquée comme générée par l'IA par son adversaire politique préféré, Sibel Arslan.
Les parlementaires croient-ils sérieusement qu'un seul électeur vert donnerait sa voix à Glarner à cause de cela ? Bien sûr que non. Le risque de confusion entre Glarner et les Verts est nul. Un commentaire ne saurait être plus exagéré ou plus satirique, c'est pourquoi tout soupçon de tromperie est dès le départ absurde. La levée de l'anonymat dans le but de permettre des poursuites pénales est donc seulement une chose : ridicule.
On se demande quel est à chaque fois le plus grand gag : Les posts de Huber et Glarner ou les réactions complètement exagérées et dépourvues d'humour qui en découlent. Ce qui est le plus drôle, c'est clair.
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