Il y a cette vieille blague de golf. Deux hommes âgés jouent sur le terrain quand un long cortège funèbre passe sur la route adjacente. Un des golfeurs enlève son chapeau.
« Je ne savais pas que tu étais aussi respectueux », lui dit l'autre. « Tu sais », répond l'autre, « je le dois à ma femme. J'ai été marié avec elle pendant presque cinquante ans. »
Illustration: Simone Altamura für die Weltwoche
Il y a d'innombrables blagues de golf de ce genre. La pointe est toujours la même. Le golfeur néglige ses obligations privées et professionnelles parce qu'il préfère être sur le parcours de golf.
Autre exemple : deux golfeurs jouent sous la pluie et le vent. L'un dit : « Imagine, ma femme m'a vraiment demandé si je pouvais l'aider à ranger le jardin par ce temps de chien ! »
Le problème est que souvent les blagues reflètent la réalité. Les golfeurs et golfeuses ont souvent une liste de priorités bien définie : en haut du classement se trouve le golf, puis le reste. Les golfeurs manquent ainsi la fête d'anniversaire de leur grand-mère et quittent prématurément une réunion importante à l'entreprise pour être sur le terrain à l'heure.
Je parle par expérience. J'ai souvent constaté comment réagissaient certains partenaires d'affaires, des managers stressés avec un emploi du temps chargé, dans ce genre de situations. Quand je leur demandais par e-mail s'ils avaient du temps pour une partie, la réponse n'était souvent pas une surprise. « Ce mercredi après-midi ça va », répondaient-ils, « je dois juste déplacer quelques rendez-vous. »
J'ai aussi eu la même expérience avec mon avocat. Il me racontait lors d'une partie de golf comment il s'effondrait sous la charge de travail. Même ma dentiste, chez qui il fallait attendre longtemps pour obtenir un rendez-vous, avait soudain du temps pour dix-huit trous en semaine.
D'où vient cette obsession de nombreux golfeurs pour ce sport ? Dans la philosophie générale du golf, une explication se distingue. Le golf est la seule activité sur cette planète qu'on ne peut jamais vraiment maîtriser. Le sport est si complexe que même les meilleurs professionnels échouent encore et encore, et à plus forte raison les amateurs.
C'est inhabituel. Chaque manager sait à un moment donné comment bien restructurer une entreprise. Chaque avocat sait à un moment donné comment bien formuler une demande de divorce. Chaque dentiste sait à un moment donné comment bien enlever une dent de sagesse.
Ils ne savent qu'une seule chose jamais : comment bien jouer au golf. C'est pourquoi ils saisissent chaque occasion de venir sur le terrain. Peut-être qu'un jour, ils réussiront. Peut-être.