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Comment l'économie souffre de la démocratie

Beat Gygi

Comment l'économie souffre de la démocratie

Explosif, ce qu'Albert Oeri, libéral né il y a 150 ans, aurait à dire sur les crises économiques.

Aujourd'hui, les garçons dans la rue parlent de la crise économique.» Ainsi commence le texte écrit en 1932 par le journaliste et politicien libéral Albert Oeri intitulé «Les fondations ébranlées de la politique et de la société». Dans ce texte, une conférence, il cherchait malgré un «diagnostic global terriblement pessimiste» des crises à expliquer ce que le libéralisme et la démocratie pourraient apporter.

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Portrait des Journalisten und Nationalrates Albert Oeri, aufgenommen im November 1949
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Ce texte est un révélateur des tensions actuelles entre la puissance économique et la participation collective, bien qu'il date d'une époque révolue. Il a été publié dans le petit recueil intitulé «Front ancien» (1933), qu'Oeri avait choisi parce qu'il voulait rester fidèle à ses «convictions libérales-conservatrices» – et fondamentalement, ce front est également aujourd'hui thématiquement similaire.

Albert Oeri est né le 21 septembre 1875 à Schaffhouse, son anniversaire marque donc ces jours-ci le 150e anniversaire. Il a étudié l'histoire, a ensuite été rédacteur au Allgemeinen Schweizer Zeitung puis aux Basler Nachrichten et enfin rédacteur en chef (1925–1949), connu pour ses commentaires profilés. Dans sa carrière politique, il a agi pour les libéraux en tant que député du Grand Conseil du canton de Bâle-Ville (1908–1948) ainsi qu'en tant que conseiller national (1931–1949). Comment voyait-il les chances pour les règles du jeu libérales?

La passage où il dérive la crise économique de la fin des années 1920 est presque électrisant: «La fin de tout le rêve de surproduction et de réparations – la fin avec terreur – est connue. On l'appelle la crise économique mondiale. Elle est l'enfant légitime d'une économie asservie par l'État et d'un État asservi par l'économie.»

Autrement dit, le développement fatal résultait du fait que l'État intervenait trop dans l'économie et vice versa que l'économie intervenait dans l'État.

La réflexion sur aujourd'hui est proche: d'une part sur la croissance de l'État, qui limite l'économie avec la bureaucratie et la réglementation ainsi qu'avec les coûts des redistributions sociales, climatiques et autres. D'autre part, sur les groupes d'intérêt de l'économie et de la société qui, par le lobbying, extraient des subventions et d'autres aides de l'État, obtenues aussi par une influence démocratique partiellement étendue.

 

La clairvoyance de Jacob Burckhardt

Conséquences notables: orgies de dettes en France, Italie, Allemagne et ailleurs, bureaucratie galopante dans les centres administratifs, redistribution croissante dans les foyers sociaux, peu d'innovations, peu de croissance, richesse décroissante.

Où se trouve l'économie libre? Oeri a déclaré:

«En deux grandes impulsions, jusqu'à la guerre mondiale et depuis la guerre mondiale, la disparition de l'économie libre s'est donc accomplie. Cela ne devrait pas être moralisé ici.» Le libéralisme économique n'était pas un criminel qui avait atteint son destin mérité, mais il n'était pas non plus un saint martyr sans faute ni erreur. De plus: ce que la crise économique mondiale a réfuté, ce n'était pas l'ordre économique libéral, car l'économie si pitoyablement discréditée n'était déjà plus libre depuis longtemps.

Oeri s'est lamenté: «On peut dire: Une véritable tragédie s'est déroulée. Un conflit fatidique s'est joué entre deux coexistences qui ne pouvaient exister simultanément. Le libéralisme économique tel que le XIXe siècle l'a produit, et le libéralisme politique étaient des frères, mais des frères condamnés à la haine dès leur naissance. [...] L'un ou l'autre des frères ennemis devait périr.»

Une véritable bombe dans le texte d'Oeri est la référence à l'historien Jacob Burckhardt. Celui-ci n'a pas considéré les crises économiques comme des crises mondiales en tant que fils de son temps, mais il était aussi un voyant, c'est pourquoi on trouve également dans son chapitre de crise les phrases suivantes: «Maintenant règne le suffrage universel, qui peut être étendu à tout à partir des élections, l'égalité civile absolue, etc. C'est à partir de là qu'une fois se lèvera la principale crise contre le génie de la réussite de notre temps.»

Et Oeri ajoute: «Ce ‹une fois› est pour nous ‹aujourd'hui›. Nous sommes au milieu de la crise principale prédite par Jacob Burckhardt.» Celui-ci n'avait pas seulement vu ces faits venir, mais les avait également placés dans le bon contexte causal, avait reconnu dans le suffrage universel le futur principal ennemi du génie de la réussite, du libéralisme économique.

Burckhardt et Oeri pressentaient-ils comment le génie de la réussite lutte aujourd'hui contre des règlementations de la chaîne d'approvisionnement et sociales en milliers de pages?

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