Depuis des années, on parle déjà de la fin du moteur à combustion. Les politiciens, les militants écologistes, voire les constructeurs automobiles, ont annoncé la victoire de l'électromobilité.
Des programmes de subvention ont émergé, et dans les médias, il semble que la Suisse soit déjà à l'aube d'un avenir électrique pour les véhicules. Mais en consultant les dernières données de l'Office fédéral de la statistique (OFS) sur la mobilité, on comprend rapidement que la traditionnelle essence reste en tête, et que la frénésie autour de l'électrique est grandement exagérée.
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Ascension de l'électrique
Ainsi, le nombre de véhicules privés à moteur à essence a diminué de 15 % environ ces 25 dernières années, pour atteindre 2,9 millions d'automobiles. Pourtant, sur la même période, le nombre de véhicules diesel a augmenté de 760 % pour atteindre environ 1,2 million. L'essence reste clairement numéro un dans le parc automobile suisse. Avec le diesel, les moteurs thermiques représentent toujours 84 % des 4,8 millions de voitures privées. Autrement dit: près de cinq véhicules sur six roulent encore avec des moteurs traditionnels.
Bien sûr, on ne peut nier la croissance des modes de propulsion alternatifs. Les véhicules électriques et hybrides ont porté leur part à 16 % de l'ensemble. Pour les véhicules purement électriques, le taux de croissance est spectaculaire, avec plus de 26 000 % pour atteindre 203 000 véhicules.
Mais c'est un effet statistique – qui part d'une base minuscule voit des taux de croissance astronomiques avec de petites augmentations. En chiffres absolus, le segment reste nettement plus petit que ne le laissent entendre les gros titres et les militants écologistes. En 2024, il n'y avait que 360 000 véhicules hybrides (7,5 %) et 101 000 véhicules hybrides rechargeables (2,1 %) du parc total de voitures particulières.
C'est précisément ici que se trouve la divergence: alors que le débat public donne l'impression que le moteur à combustion est déjà de l'histoire ancienne, les Suisses continuent de choisir majoritairement ce qui a fait ses preuves. Selon l'association Auto Suisse, les ventes de nouvelles Tesla n'ont pas atteint 9 000 voitures par an récemment.
Les raisons sont nombreuses: les voitures électriques sont plus chères à l'achat, leur autonomie reste limitée, et l'infrastructure de recharge, bien que croissante, reste en deçà des attentes. Ceux qui font la navette au quotidien ou voyagent le week-end de la Suisse alémanique au Tessin préfèrent compter sur le moteur classique plutôt que de chercher la prochaine prise électrique.
La mobilité en tant que question culturelle
Il y a aussi probablement un aspect culturel. La voiture en Suisse est plus qu'un simple moyen de transport. Elle symbolise la liberté, la fiabilité, et parfois même la passion. Le nombre de véhicules privés a augmenté de 35 % au cours du dernier quart de siècle. Depuis 1980, le parc automobile privé a même doublé, selon l'OFS.
L'essence et le diesel sont donc profondément ancrés dans la vie quotidienne suisse, alors que l'électromobilité est encore considérée comme une alternative exotique. Les chiffres bruts de l'OFS démystifient l'euphorie: on ne peut pas parler de révolution. La Suisse reste pour l'instant un pays de véhicules à combustion, bien que les modèles électriques et hybrides gagnent du terrain. La frénésie autour de l'électrique existe surtout dans les slogans et les programmes, mais pas sur les routes suisses.
Rico Kutscher est rédacteur en chef du portail d'actualités économiques Muula.ch.