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Une affaire, de nombreux réflexes

Tamara Wernli

Une affaire, de nombreux réflexes

L’affaire Ulmen-Fernandes – et la façon dont nous y réagissons.

L’affaire rendue publique la semaine dernière par le Spiegel réunit des abîmes humains et des réflexes moraux. L’animatrice Collien Ulmen-Fernandes a porté plainte contre son encore-mari Christian Ulmen. Pendant des années, il aurait créé de faux profils à son nom et diffusé à des hommes des photos et vidéos érotiques donnant l’impression qu’il s’agissait d’elle. Son avocat parle d’une couverture médiatique unilatérale et illégale. On ne peut qu’espérer que la justice assure rapidement l’équité pour toutes les parties concernées. Il faut le souligner: si les accusations se confirment, c’est choquant et abject. S’il existe des lacunes juridiques, elles doivent être comblées. En même temps, il vaut la peine d’examiner les réflexes qu’un tel cas déclenche.

Clemens Bilan/EPA/Keystone
Ein zuverlässiger Reflex ist die kollektive Schuldzuweisung, die Generalabrechnung mit «den Männern».
Clemens Bilan/EPA/Keystone

Tout d’abord, le réflexe du jugement hâtif. Il est humain et compréhensible. Mais même si Ulmen a reconnu une partie des accusations, un fait demeure: la procédure en est à ses débuts. Il n’y a pas de contradiction à croire la victime présumée tout en renonçant à des condamnations publiques. La présomption d’innocence est un fondement de l’État de droit. Le fait qu’elle soit parfois bafouée, y compris par des responsables politiques, est troublant. Manuela Schwesig (SPD) a déclaré sur X qu’elle était en colère et a parlé de violence sur une décennie. L’avocat spécialisé en droit des médias Carsten Brennecke a rétorqué: « Ce qui me met en colère, c’est lorsqu’une dirigeante du SPD et ministre-présidente a du mal avec l’État de droit, parce qu’elle préjuge des personnes en méconnaissant la présomption d’innocence. En droit de la presse: penalty sans gardien. »

Ceux qui tiennent des groupes entiers pour responsables du comportement de quelques individus suscitent la défiance plutôt que la compréhension.

Un deuxième réflexe a été l’appel à une obligation de nom réel. Si tout le monde apparaissait immédiatement sous son vrai nom sur Internet, de tels abus ne se produiraient pas, entend-on. Là aussi, les avis divergent: tandis que certains pointent des lacunes juridiques concernant les deepfakes, d’autres, comme Brennecke, expliquent que la diffusion de deepfakes ou l’usurpation d’identité sont déjà punissables.

Je peux imaginer qu’une identité numérique augmenterait le seuil d’inhibition pour les insultes et le vol d’identité et faciliterait les enquêtes. D’un autre côté, une telle obligation comporte des risques considérables. Les voix critiques, les lanceurs d’alerte ou les activistes ne pourraient plus s’exprimer anonymement sans craindre des représailles. Les personnes aux opinions impopulaires seraient également plus rapidement poussées à l’autocensure. La pandémie l’a montré: quiconque s’opposait à la ligne officielle risquait rapidement l’ostracisme social, devait craindre pour son emploi – indépendamment du fait que sa position se révèle plus tard tenable. De plus, les bases de données centralisées créent de nouveaux points d’attaque pour les abus. Une obligation de nom réel n’aurait probablement pas empêché l’affaire Ulmen. Ce qui est décisif, c’est que la poursuite pénale fonctionne et que les plateformes assument leurs responsabilités.

Troisième réflexe: les médias achètent de l’attention par des exagérations absurdes. « L’affaire virtuelle Pelicot », titrait Bild.de, plaçant la photo de Fernandes à côté de celle de Gisèle Pelicot. Les comparaisons avec des affaires comme celle de Pelicot, qui relèvent d’un tout autre degré de cruauté, sont déplacées. Tout scandale ne gagne pas à être hissé au rang de catastrophe maximale.

 

Un réflexe récurrent est l’attribution collective de la faute, le règlement de comptes général avec « les hommes ». « Bien sûr, cela concerne tous les hommes » (Spiegel). Cela peut être émotionnellement satisfaisant – et je peux comprendre la colère. Mais la faute est individuelle, non collective. Parler de violence sexualisée est important et nécessaire. Cependant, ceux qui tiennent des groupes entiers pour responsables du comportement de quelques individus suscitent surtout, en de nombreux endroits, la défiance plutôt que la compréhension; personne n’aime être accusé ou admonesté pour des choses qu’il n’a pas faites.

Enfin, on remarque à quel point l’indignation publique est sélective. Certains cas de violence sexualisée déclenchent les réactions les plus virulentes, tandis que d’autres, objectivement plus graves, s’éteignent relativement discrètement. L’impression s’impose que l’intensité de la réaction dépend parfois de la configuration des groupes d’auteurs et de victimes. Le dire ne revient pas à mettre les souffrances en balance – mais bien à reconnaître une certaine incohérence dans la boussole morale.

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