Quand le jour se lève dans le Kalahari, en Afrique australe, un spectacle des plus charmants s’offre au regard. Des trous des terriers sortent les suricates, qui s’assoient bien droits sur le sol et laissent le soleil leur réchauffer le ventre. Par terrier, jusqu’à trente animaux de plusieurs familles peuvent cohabiter. Les suricates, qui mesurent environ trente centimètres et sont très élancés, appartiennent à la famille des mangoustes. Avec leur pelage brun argenté, ils sont bien adaptés au paysage rocailleux et aride.
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Très vite, les suricates se mettent à manger. Le museau sensible tout près du sol, ils reniflent à la recherche d’insectes, d’araignées et d’autres petits animaux. Ils creusent ensuite la terre avec leurs puissantes pattes avant et saisissent avec leurs griffes et leur museau tout ce qui leur paraît appétissant.
Vigile efficace, guerrier courageux
Les suricates deviennent eux-mêmes des proies. Buses et aigles, chacals et renards chassent ce petit mammifère. Pour se protéger des attaques, les suricates organisent un service de sécurité : lorsque la colonie est assise au soleil ou en quête de nourriture, l’un d’eux monte la garde. Sur une butte, le guetteur se tient debout sur ses pattes arrière comme un humain et observe pendant des heures le ciel et l’horizon, jusqu’à ce qu’un collègue le relève.
Si le guetteur aperçoit un rapace dans le ciel, il avertit le groupe par un cri strident ; tous disparaissent alors en un éclair dans les trous. Si, en revanche, un ennemi venu du sol s’approche, l’alerte prend la forme d’un aboiement. Lorsque l’ennemi est déjà si proche qu’une course jusqu’à l’entrée la plus proche du terrier n’est plus possible, les suricates passent à la défense.
Bien redressée et le pelage hérissé, la troupe avance en formation serrée vers le chacal à l’affût. Grognant, jacassant et crachant, ce David tente d’intimider le Goliath. Si, malgré cette courageuse campagne, l’ennemi passe à l’attaque, le suricate se jette sur le dos, tend vers l’adversaire ses pattes armées de griffes et feule en montrant les dents. En cas d’attaque aérienne où la fuite n’est plus possible, les adultes se jettent sur leurs petits pour les protéger de leur corps.
Si les suricates s’entendent avec les écureuils terrestres, pourtant d’une autre espèce, c’est pour une raison égoïste. Les écureuils terrestres sont de vaillants bâtisseurs et creusent dans le sol rocailleux d’immenses systèmes de terriers. Dans le Kalahari, un labyrinthe mesuré s’étendait sur une surface de 25 par 32 mètres, sur plusieurs niveaux, jusqu’à trois mètres de profondeur, et comptait quatre-vingt-dix entrées. Bien que les suricates puissent eux-mêmes bien creuser grâce à leurs puissantes pattes avant, ils s’installent volontiers comme sous-locataires chez les écureuils terrestres.
Cours de chasse
En 2006, une étude d’une équipe de chercheurs britanniques a fait sensation : les suricates apprennent à leurs petits comment capturer et tuer des proies, l’enseignant adaptant en permanence son comportement au niveau d’apprentissage de l’élève, lequel signale à son tour son âge. Les jeunes commencent, à l’âge d’un mois, à accompagner les adultes lors de la recherche de nourriture. Comme ils ne sont pas encore capables de chasser, ils incitent les grands à les nourrir par des cris de mendicité. Les enseignants apprennent alors progressivement à leurs élèves à capturer et à tuer. Ils déposent d’abord un scorpion mort devant les pattes des petits. Lors d’une leçon suivante, ils leur présentent un scorpion vivant, que l’enseignant a toutefois préalablement neutralisé en lui arrachant le dard venimeux.
Plus le jeune vieillit, plus rarement les adultes lui apportent des proies mortes ou incapables de se défendre. Pour reconnaître l’âge des petits, et donc leur niveau de formation présumé, les enseignants écoutent le cri de mendicité, qui se modifie de manière caractéristique avec l’âge croissant.
Herbert Cerutti est auteur et spécialiste des animaux.

